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Faire le bon choix - 5/11

Fraternité ou "Parabole du bon Samaritain"

Article de Fernand Legrand

Le texte qui va nous permettre de parler de la fraternité, le troisième volet de ce célèbre triptyque de la grande devise française "Liberté - Egalité - Fraternité", se lit dans la Bible au chapitre 10 de l'évangile de Luc : "Un docteur de la loi se leva et dit à Jésus, pour l'éprouver : Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? Jésus lui dit : Qu'est-il écrit dans la loi ? Qu'y lis-tu ? Il répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi-même. Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela et tu vivras. Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ? Jésus reprit la parole et dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s'en allèrent, le laissant à demi mort. Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre. Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l'ayant vu, passa outre. Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu'il le vit. Il s'approcha et banda ses plaies en y versant de l'huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l'hôte, et dit : Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour. Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? C'est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même".

Des trois mots qui composent la grande devise française devenue mondiale, Liberté Egalité Fraternité, le troisième est celui qui est le moins en vogue, auquel on fait le moins allusion, il est d'ailleurs le dernier.

Bien sûr, il rime avec les autres, mais il est moins saillant, son emploi s'est moins généralisé, aurait-il déçu ? Peut-être. Et pourtant je crois qu'il n'est pas moins important que les autres, car plus que les deux autres, il contient tout ce que ce monde a d'espérance pour faire de cette terre de haine, de discorde et de guerre, une terre d'amour, d'entente et de paix : La fraternité.

"Nous sommes tous frères"… C'est ce que nous entendons dire autour de nous pour tenter d'expliquer que les tueries et les guerres sont inutiles et fratricides.

"Nous sommes tous frères"… Remarquez que c'est ce devait penser Caïn. Personne plus que lui n'était convaincu qu'Abel était son frère, mais cela ne l'a pourtant pas empêché de tuer son frère.

Nous aussi nous savons que nous sommes tous frères, mais ça ne nous rend guère meilleur que lui. Notre connaissance que notre ancêtre commun est Adam pour les uns, ou un singe anonyme pour les autres, nous a tout juste donné un grand mot qui sonne creux comme une tonne vide : La fraternité. Eh bien, puisque nous avons un ancêtre commun et une vie commune, les nations entre elles sont donc sœurs ; mais où est la fraternité entre les nations ? Bien plus, "où est la fraternité dans la nation ?" On s'aperçoit bien vite que de l'avoir pour devise, cette fraternité, ne change pas grand chose ; ça n'empêche pas le pays d'être divisé en partis politiques, qui se tirent dans les jambes autant qu'ils le peuvent.

Oh ! bien sûr, on est tous frères, mais un peu à la façon de la première tragédie de Jean RACINE, la Thébaïde aussi appelée "les frères ennemis" où ces deux frères jumeaux incestueux Etéocle et Polynice se haïssaient d'une haine si mortelle qu'ils finirent par se tuer l'un l'autre. Mis tous les deux sur un même bûcher, on vit la flamme du bûcher se séparer en deux, leur haine allant au-delà de leur mort.

 

"On est tous frères"… Mais un peu comme ce général de l'Ancien Testament, Joab, qui s'est approché d'un autre général qui était son propre cousin et qui lui dit : "Te portes-tu bien, mon frère ?" Il fit mine de l'embrasser, le saisit par la barbe d'une main, et de l'autre lui enfonça son épée dans le flanc. "Te portes-tu bien maintenant mon frère ?...

N'est-il pas courant de flatter les hommes d'un côté et de les exécuter de l'autre ? On les encense d'une part, mais on les assassine d'autre part. Vive la fraternité !

"Nous sommes tous frères"… Comme cet homme de l'évangile qui est venu trouver le Seigneur en lui disant "Seigneur, va dire à mon frère de partager l'héritage avec moi". Ah ! L'héritage… Comme les enfants d'une même famille s'entendent bien quand les vieux parents sont en vie ! Puis quand les parents s'en vont, il faut alors se partager l'héritage ; et je vous assure que c'est un buisson très épineux, où la fraternité y laisse des lambeaux d'étoffe et de chair.

Il semble aussi que la fraternité soit bien impuissante pour régler les différents qui opposent les hommes, aussi a-t-il a fallu lui substituer les tribunaux, qui eux ne connaissent, ni chômage, ni récession.

Et pour finir ce sombre chapitre, il faudra parler du baiser très fraternel de Judas. Baiser précurseur de tant de souffrances, de tant de haines, et finalement de la mort du Fils de Dieu, sur la Croix du Calvaire.

Maintenant, avant de parler de fraternité ou d'amour fraternel, il faut nécessairement que nous posions une question : "Qui est notre frère ?"

C'est la question qu'a posé cet homme, ce docteur de la Loi, lorsque le Seigneur lui a dit que la Loi - qu'il était sensé enseigner - disait d'aimer Dieu de tout son cœur, son âme, sa force, sa pensée et son prochain comme soi-même. Se sentant visé et repris dans sa conscience, il eut un sursaut et dit : Oui, mais qui est mon prochain ?"

Cette parabole du bon Samaritain a presque toujours été mal interprétée et mal enseignée. Quelle est l'explication traditionnelle de la parabole du bon Samaritain ? Le prochain c'est celui qui est par terre, c'est celui qui est tombé entre les mains des brigands, c'est celui qu'il faut aider. Dans le langage d'aujourd'hui, c'est celui qui est dans les difficultés, celui qui est "dans le pétrin" comme on dit ; le prochain, c'est le tiers monde, les sous-alimentés, ce sont les peuples pauvres et arriérés. Mais l'explication de la parabole ce n'est pas du tout, mais alors pas du tout cela, c'est même le contraire. Il suffit de la lire posément pour la comprendre. Toutefois ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit comme : Foin des pauvres, des maltraités et des démunis ! Faire le bien, sous quelque forme que ce soit, restera toujours une obligation morale pour tout le monde. Mais la pensée première de cette parabole est tout autre. Relisez le texte et vous verrez que le prochain c'est le Samaritain ! Le voilà le frère, le prochain. Entre les Juifs et les Samaritains, qui étaient deux peuples très proches, il y avait une haine ancestrale, culturelle et religieuse : Ils se haïssaient. Quand un Juif rencontrait un Samaritain, il changeait de trottoir et, de mépris, il crachait par terre. La pire insulte que l'on pouvait faire à un homme, c'était de lui dire : "Tu es un Samaritain". Quand on avait dit ça, on avait tout dit. Or, si les Juifs haïssaient les Samaritains, ces derniers, on le devine, leur rendaient la monnaie de la pièce.

Ainsi, et c'est là toute la leçon, si pour ce Samaritain, le "prochain" c'était le juif qui était là, par terre, le "prochain" pour un Juif, c'était le Samaritain qu'il détestait ; c'était lui son "prochain".

Et pour nous, qui est le prochain ? Eh ! bien le prochain, le frère, c'est celui que nous avons méprisé, que nous avons ignoré volontairement ; le prochain pour le pauvre, c'est le riche, et pour le riche, c'est le pauvre. Le prochain, pour le noir, c'est le blanc, et pour le blanc, c'est le noir. Le prochain pour le patron, c'est l'ouvrier, pour l'ouvrier, c'est le patron.

Le prochain, c'est le voisin que l'on rencontre et sur les pieds duquel on passe quasiment sans le saluer. Le prochain c'est l'étranger ; il y avait une loi en Israël qui disait : "Tu ne maltraiteras pas l'étranger au milieu de toi, tu te souviendras que tu as été étranger dans le pays d'Egypte". L'étranger, c'est l'homme à peine dégrossi tout autant que celui qui est raffiné. L'étranger, ce n'est pas l'inconnu du bout du monde pour lequel on a une immense pitié, alors qu'on ignore le voisin de palier.

Et vis à vis de ce prochain, le récit nous enseigne qu'il y a trois théories possibles.

La première, c'est la théorie des brigands. Voici comment réfléchissent les brigands : Ils voient arriver leur prochain, leur frère, et ils disent : "Toi tu es mon frère, alors ce qui est à toi, c'est à moi !" Pan ! Un coup sur le crâne et on le prend. C'est la théorie des pickpockets, des tire-laine, des escrocs et des gangsters. Mais c'est aussi la théorie de tous ceux qui font la même chose sous le couvert de la loi. C'est la théorie du policier de la route qui, pour une infraction mineure au Code de la Route, qui mériterait un avertissement, voire même un conseil, se fait un malin plaisir de verbaliser lourdement son frère l'automobiliste, ce qui lui vaudra un bon point pour son avancement. C'est la théorie de l'inspecteur des denrées alimentaires, qui se présente chez son frère le commerçant, ou le vent en soufflant a dérangé des étiquettes, veut ignorer les circonstances et s'octroie le droit d'amender son frère. C'est la théorie du commerçant qui met du poison dans sa nourriture pour qu'elle ait plus belle apparence afin de mieux la vendre à son frère le client. C'est la théorie de l'autre commerçant, qui vend de la camelote et qui le sait, mais qui met par-dessus le verre grossissant du mensonge commercial. C'est la théorie du paysan qui aime tellement son petit veau, qu'avant de le vendre au boucher et de le passer sur la bascule, lui fait boire un seau d'eau. Et voilà de l'eau de robinet vendue à 2 euros le litre ! La liste serait trop longue ; il me faudrait parler de ceux qui exploitent la maladie de leurs semblables, pour les délester de leur trop plein de billets de banque. Il me faudrait parler du scandale des prix surfaits de certains produits pharmaceutiques, des hommes publics et de leurs trafics d'influence, délits d'initiés, abus de biens sociaux... Ce sont là des embuscades légales, dans lesquelles on fait tomber son frère pour le soulager de l'argent qu'il a en trop. Et le résultat, c'est que ces gens-là, au lieu de les mettre en prison, nous, les nigauds, nous les mettons sur les listes électorales et nous votons pour eux !

Deuxièmement il y a la théorie du prêtre et du lévite, celle du chacun pour soi : "Ce qui est à toi est à toi et ce qui est à moi c'est à moi". C'est la politique de la cloison étanche, de l'imperméabilité, du "moi je m'en lave les mains".

Dites-moi, est-ce que Ponce Pilate, au procès de Jésus-Christ, pouvait se laver les mains comme il l'a fait, sachant que Jésus était innocent ? Pouvons-nous voir notre frère dans le dénuement et lui dire : "Va mon ami, mange, chauffe-toi, habille-toi". N'est-il pas écrit que celui qui sait faire le bien et qui ne le fait pas, commet un péché ? Chaque fois que nous nous guindons dans notre indifférence, pour passer outre les devoirs de notre charge, nous prouvons que l'esprit de Caïn n'est pas mort. La question que Dieu lui a posée "Où est ton frère", elle nous est posée à nous en ce moment, et elle nous sera posée au jour du jugement, car nous aurons à rendre compte devant Dieu de ce qu'aura été notre fraternité.

Dieu ne nous demandera pas si nous en avons fait une grande devise. Il nous demandera si nous y avons cru et comment nous avons prouvé que nous y croyions. Savez-vous que cette petite brochure que vous lisez n'est pas vendue ou distribuée dans un but commercial, mais pour faire connaître et pour partager avec les autres le "Pain du ciel?" Savez-vous que ce dont meurt notre Occident, ce n'est pas faute de pain ? Nous creusons notre tombe avec notre fourchette, nous mangeons trop ; mais nous dépérissons par manque du pain du ciel, de la vérité de la Parole de Dieu.

Des milliers d'hommes et de femmes vont en enfer sans le savoir. Et si nous avons payé de notre argent pour imprimer ce livre ou pour publier la Bible bien au-dessous de sa valeur marchande, c'est parce que nous ne nous réclamons pas de cette théorie de la cloison étanche, du chacun pour soi. Oui, nous croyons aux œuvres caritatives, aux Restaurants du Cœur, à Terre des Hommes, à l'Unicef, à la Croix Rouge, aux marmites de Noël de l'Armée du Salut etc. Mais par-dessus tout nous croyons que l'âme éternelle des hommes, pour être sauvée de l'abîme, a besoin d'un autre pain que celui de la terre. Et ce pain porte le nom de Celui qui a affirmé : "Je suis le Pain de vie, celui qui vient à moi n'aura plus jamais faim…".

Nous arrivons maintenant à la troisième théorie, celle du bon Samaritain. Chez lui nous trouvons ce qu'est le véritable amour. Il peut répondre à la triple question :

"Qui est ton frère ?" Et il peut dire : "Mon frère, c'est le Juif".

"Où est ton frère ? "Il est là, assommé par terre, et moi je suis à côté de lui".

"Qu'as-tu fait pour ton frère ?" "Je me suis arrêté, je me suis dérangé - car je suis dérangeable - et j'ai payé de mon écot pour le soigner".

Nous avons dans cet homme la démonstration de ce qu'est le véritable amour, la vraie fraternité. C'est d'avoir des frères ou des amis, retenez bien, non pas pour qu'ils s'occupent de nous, mais pour que nous nous occupions d'eux. L'amour fraternel, ce n'est pas s'attendre aux autres, mais c'est permettre que les autres s'attendent à nous. Ce n'est pas vivre pour soi-même, mais c'est expérimenter l'enseignement de Jésus-Christ : "Il y a plus de joie à donner qu'à recevoir". Beaucoup de gens n'ont de joie que lorsqu'on leur donne, lorsqu'ils reçoivent. Ah les malheureux ! Dont la vie est dans l'attente uniquement de ce qu'ils vont recevoir. Heureux au contraire ceux qui cherchent à donner et à se donner, c'est là un des grands secrets de la vie.

Pour illustrer davantage mon propos, je pourrais vous parler de quelques grandes et belles vies, comme celle de Paul, le prince des apôtres, qui a vécu ce qu'il a dit : "Que chacun de vous, au lieu de considérer son intérêt propre, considère l'intérêt des autres". Ou celle d'un Albert Schweitzer, d'un abbé Pierre ou du pasteur Martin Luther King ; mais je choisis la vie de notre Seigneur.

Dans l'épître aux Hébreux il est écrit : "Il n'a pas eu honte de nous appeler ses frères". Il a pris un corps comme le nôtre, et il a recommencé notre histoire depuis le commencement. Lui qui habitait le Ciel, il est venu naître et vivre comme nous, sur une planète en révolte. La Bible nous dit "que le mystère de la piété est grand…" On pourrait dire que "le mystère de la fraternité est grand". Dieu a été manifesté en chair, comme le dit aussi le prologue de l'Evangile de Jean : "La Parole a été faite chair". Pour se faire notre frère, Il a pris la forme d'un frère. On ne peut pas expliquer la grandeur de la gloire qu'il avait dans le ciel, et l'obscurité dans laquelle il est descendu.

Je pourrais peut-être tenter de l'expliquer par une illustration. Quel homme aimerait à ce point les chiens, qu'il choisirait de devenir chien, de vivre comme un chien et de mourir comme un chien pour le salut des chiens ? C'est ce que Jésus a fait : Dieu est devenu homme, il a vécu comme un homme, et il est mort comme un brigand pour le salut des hommes. Il est allé jusque là ; en Jésus-Christ il s'est fait notre frère pour que le dernier des hommes puisse être sauvé.

Mais sa fraternité aurait très bien pu s'arrêter à être marqué dans sa chair seulement ; mais non, elle a été plus loin, elle a été personnifiée dans sa vie. Voyez-vous, dans la vie de tout homme il y a un centre, et c'est autour de ce centre que pivote toute notre vie ; et souvent, notre centre malheureusement, c'est nous-mêmes.

Mais dans la vie de Jésus, le centre, ce n'était pas lui-même ; son centre, c'était de faire la volonté de son Père, qui l'avait donné pour qu'il se donne ; et il s'est donné sans compter par la Parole et par l'exemple. La première place dans sa vie, c'était les autres ; pas un instant dans les Evangiles, vous ne le voyez vivre pour lui-même. Dans les situations même les plus tragiques, il donnait toujours et toujours, à Pierre un regard de reproche, à sa mère une parole de consolation, au brigand cloué à côté de lui une parole de salut. Partout dans ses allées, dans ses venues, dans ses moments de détente, au tribunal, jusque sur la Croix, l'amour qui donne et qui se donne était tout entier personnifié en lui.

Mais il a été plus loin : Il a donné sa vie pour les autres.

Jésus-Christ n'est pas mort en martyr, comme certains le pensent. Il a dit avant sa mort : "Personne ne m'ôte la vie " ; personne. Et il a ajouté : "J'ai le pouvoir de la donner, j'ai le pouvoir de la reprendre". Cela veut dire que la mort de Jésus-Christ a été un événement unique dans l'histoire du monde, et que cette mort-là ne pourra jamais être répétée par personne, même si quelqu'un mourait comme lui sur une croix. Nous pouvons répéter ses actes d'amour, et si Jésus-Christ était mort en martyr, nous pourrions mourir comme lui ; mais nul ne mourra jamais comme lui. Devant la croix et le spectacle de cette crucifixion, de cette agonie, l'homme doit s'arrêter, il doit se poser deux questions. Si Jésus-Christ n'est pas mort en martyr :

- Pourquoi est-il mort ?

- Pour qui est-il mort ?

Jésus n'est pas venu tellement, comme certains le croient, pour nous montrer ce que nous devons faire ; cela, nous le savons très bien. Nous n'avons pas besoin de Jésus-Christ pour savoir ce qui est bien et ce qui est mal, notre conscience à elle seule suffit pour nous le dire. D'ailleurs l'apôtre Paul lui-même a écrit : "Ce n'est pas le vouloir qui fait défaut en moi, c'est le pouvoir". Et il continue par l'expérience la plus universelle qui soit : "Lorsque je veux faire le bien, le mal est attaché à moi ; et le mal que je ne veux pas faire, parfois je le fais malgré moi".

Pourquoi en sommes-nous réduits à tant d'échecs ? Parce que notre vie est comme une voiture dont, en raison d'un usage abusif, d'un mauvais usage, les freins trop sollicités seraient coincés. Vous avez beau mettre l'accélérateur à fond, lâcher la pédale d'embrayage rapidement, la voiture fait des soubresauts, le moteur a des hoquets, et il cale.

C'est un peu ce que nous avons fait de notre vie : Nous en avons abusé, nous l'avons mal gérée, mal employé nos mains, nos yeux, nos facultés, nos pensées, notre corps, nos sentiments, et, l'ayant maltraitée, faisant fi des conseils et des lois de la Parole de Dieu (c'est cela le péché), il en résulte un blocage à presque tous les niveaux. Enormément de gens sont complètement bloqués dans leur vie intérieure. C'est la raison pour laquelle les hommes parlent beaucoup d'amour et de fraternité, sans jamais pouvoir avancer sur ce chemin.

Ce qui bloque leur vie, comme celle des nations et de la société, c'est ce que la Bible appelle le péché. Jésus-Christ n'est pas venu pour nous dire : "Appuie un peu plus fort sur l'accélérateur, relâche la pédale d'embrayage un peu plus vite, fais de ton mieux et ça ira !" Non le Seigneur n'est pas venu pour cela. Il est venu d'abord pour nous montrer et nous faire comprendre, que ce qui ne va pas ne réside pas dans des causes extérieures. Nous vivons dans un monde d'abondance, nous avons les plus hauts standards de vie du monde, un pauvre d'aujourd'hui vit mieux qu'un roi du Moyen Age. Et malgré tout cela, ça ne va pas.

Il est venu pour nous montrer la vraie cause de nos blocages. Et comme il appelle un chat un chat, il emploie le mot le mieux adapté, le péché. Il nous le montre, afin que nous puissions l'appeler par son nom, puis l'avouer, le confesser, nous en repentir et le délaisser. Car s'il n'était venu que pour nous le dire et nous le révéler, cela nous ferait encore plus mal, nous écraserait davantage et ne changerait ni ne résoudrait rien. Il est venu pour décaler ce qui en nous était bloqué et pour prendre la réparation à son compte. La Bible nous enseigne que le salaire du péché c'est la mort. Elle nous dit qu'il est venu se charger de nos péchés.

Lorsqu'il était pendu à la Croix "l'Eternel avait mis sur Lui, les péchés de nous tous". Et comme le péché produit la mort, ayant pris sur lui ce qui donne la mort, il en est mort. C'est à dire que la réparation de notre âme, lui a coûté la vie. Il est mort en rédempteur (celui qui rachète), il est mort en payant à notre place une dette (le prix de la réparation de nos blocages) que nous ne pouvions payer, selon ce que dit encore la Bible : "

L'homme ne peut racheter son âme ni payer à Dieu sa rançon".

En voici la preuve. Regardez-le sur la Croix, regardez ses mains. Oh ! Ces mains si bonnes qui ont fait tant de bien, qui se sont posées en bénédiction sur les petits enfants, qui ont guéri tant de malades, qui se sont levées vers le ciel comme autant de prières, elles ont été immobilisées sur la croix, sans qu'il puisse s'en libérer. Ses pieds, qui l'avaient conduit partout jusque sur le lac ou il avait triomphé de la pesanteur en marchant sur l'eau, ses pieds sur lesquels on avait répandu du parfum et des baisers, ses pieds ont été bloqués sur la croix ! Regardez cette langue, qui a parlé un langage d'amour tel, que ses détracteurs ont dit : "Jamais homme n'a parlé comme cet homme", il a articulé avec peine ces paroles du Psaume prophétique : "Ma langue s'attache à mon palais". Oui il a dû dire "J'ai soif".

Sur la Croix, Jésus a connu le plus grand blocage, la plus grande panne de tous les temps. Il s'est écrié : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?" Il était là, complètement bloqué ; et il est allé plus loin encore, il est entré dans la grande panne de la mort. Il a été enseveli dans l'immobilité du tombeau. C'est bien la preuve que tout ce qui nous retenait, tout ce qui nous mettait en panne, tout ce qui nous empêchait d'avancer, il l'avait pris à son compte. Lui, le divin Fils de Dieu, qui portait une dimension d'infini dans sa vie, est resté rivé sur la croix. Et c'est la preuve qu'il a pris tout ce qui nous bloque, tout ce qui nous empêche d'avancer ; tout ça a été mis sur lui et l'a entraîné dans la mort.

Ceci est déjà une grande chose qui, heureusement, ne se termine pas là. Ce qui va compter maintenant c'est ce qui suit. Trois jours après, il sortait victorieux de cette grande panne de la mort. Il était vivant et ça veut dire que maintenant, cette vie éternelle, il peut nous la donner. Il peut non seulement nous débloquer, nous réparer, mais il peut maintenant mettre dans notre vie l'énergie du ciel. Sa vie de résurrection, il peut nous la communiquer, moyennant la repentance et la foi.

Si donc mon lecteur, qu'il soit jeune ou moins jeune, admet devant le Seigneur qu'il a fait un mauvais usage de sa vie, qu'il est comme paralysé et incapable d'avancer sur ce chemin de l'amour, qu'il avoue ses fautes et qu'il dise : "Seigneur j'ai péché", le Seigneur, à cause de ce qui a été fait à la Croix, viendra le libérer. Cette œuvre de pardon, faite il y a deux mille ans, jointe à la puissance de sa résurrection, lui seront données par Dieu par le Saint-Esprit. Vous serez alors enfin libres d'avancer sur un tout autre chemin. Ce n'est que lorsque Jésus-Christ est admis à bord de notre vie, que l'on peut enfin commencer le dialogue de la fraternité et de l'amour. Ce n'est qu'alors que l'on peut chanter ce beau psaume 133 : "Voici, oh ! Qu'il est agréable, qu'il est doux pour des frères, de demeurer ensemble !"

Voyez-vous, ce qu'il faut bien comprendre, c'est ceci : Le Seigneur n'est pas venu seulement pour nous débloquer, pour nous dire "Je t'aime, je te pardonne, j'ai tout payé pour toi, j'efface tes transgressions, n'en parlons plus, au revoir". Il est bien clair que si là s'arrêtait l'œuvre de Dieu en nous, nous repartirions peut-être de l'avant mais tout seuls, et nous aurions tôt fait de recommencer nos expériences négatives. Aussi le Seigneur ne nous refait pas et ne nous répare pas seulement, il fait plus, il monte à bord de notre vie.

Ce dernier point est la raison majeure pour laquelle tant de gens refusent de se convertir. Ils veulent bien que le Seigneur leur pardonne. Ils veulent surtout aller au ciel, mais ils ne veulent pas que Jésus monte à bord de leur vie. Ils ne veulent pas que Dieu ait un droit de regard dans leur quotidien Car notre vie devient à partir de ce moment-là, une sorte d'auto-école. Les auto-écoles d'autrefois, et peut-être encore quelques-unes aujourd'hui, étaient à doubles commandes. Il y avait deux volants, deux pédales de freins… C'est cela ce qui se passe quand Jésus-Christ est accepté dans une vie, il y a une présence invisible, il est là et c'est lui qui prend en main les commandes de notre vie. C'est ce qu'on peut appeler la mystérieuse dualité du chrétien. Un jour un jeune homme m'a dit : "Moi, je ne supporte pas le témoignage de ces jeunes chrétiens qui disent "Jésus-Christ conduit ma vie", ce n'est pas vrai !" Je lui ai expliqué ce que je viens de dire plus haut : Quand on devient chrétien (un vrai), c'est comme une auto-école ; et dans une auto-école, qui est-ce qui conduit ? L'apôtre Paul a dit ceci : "Ce n'est plus moi qui vis (conduis) c'est Christ qui vit (conduit) en moi". Et il a ajouté : "Cependant la vie que je vis dans la chair, je la vis par la foi au Fils de Dieu".

Il y a donc un double engagement : C'est indiscutablement moi qui conduis, mais en même temps c'est Lui. Quand j'appuie un peu trop fort sur l'accélérateur, il appuie sur le frein ! Quand je tire un peu trop à droite jusqu'à frôler dangereusement les platanes, il tire un peu à gauche pour me remettre en ligne.

Voilà ce qu'est la conversion, c'est plus que d'être réparé, c'est avoir le Seigneur à bord de notre vie pour qu'il nous rectifie, qu'il nous tempère, qu'il nous protège de nous-mêmes, en un mot comme en cent, qu'il nous conduise. Voulez-vous l'admettre à bord et lui dire : "Désormais Seigneur, le grand patron c'est Toi ? Certes je conduis ma vie, mais dans le fond c'est Toi le grand pilote".

Mais il y a plus encore. Quand je voyage en voiture, j'ai la carte routière Michelin avec moi et je la consulte. Avant ma conversion j'avais une carte que je disais être bien à moi, mais en fait c'était celle de l'opinion des autres. C'était ce que le Monsieur le Maire en pensait, ce que le voisin en pensait, ce que la tante à héritage en pensait. C'était ça mes seuls repères et ma façon de me conduire. Je n'avais d'autre conscience que celle des autres. Mais depuis que je connais le Seigneur, il m'a donné une autre carte, la Bible. Ce n'est plus ce que les autres pensent qui me dirige, mais ce que me dit la Parole de Dieu. Voilà ce que le Seigneur veut faire : Monter à bord de votre vie. Mais voulez-vous lui dire "Oui Seigneur ?"

La vraie fraternité commence en face de Jésus-Christ, le Grand Frère que Dieu nous a donné. Tout commence par la décision de lui dire : "Seigneur, je suis en panne sur le chemin de la vie, viens me sauver et monte à bord".

Il viendra réellement en vous par le Saint-Esprit, et vous verrez que cet amour fraternel s'étendra à la famille de tous ceux qui lui appartiennent. Vous ferez l'expérience que beaucoup ont faite et que j'ai faite : C'est que j'ai trouvé dans le monde chrétien une famille plus belle que la famille de la chair. Et vous verrez aussi que cet amour s'étendra envers d'autres qui ne sont pas sauvés, et que vous n'aurez de cesse que d'aller leur dire comment être sauvé à leur tour.

Oui, le Seigneur fait des prodiges. Je vous raconterai une histoire personnelle : J'étais jeune quand la guerre s'est déclarée, et nous avons fui en famille avec les grands-parents devant la grande offensive allemande. Nous avons trouvé quelque répit dans le midi de la France. C'est là que mon grand-père s'est montré affreusement indélicat envers nous, d'une basse action sur laquelle je passe mais qui a séparé et dressé les deux familles l'une contre l'autre. Rentrés chez nous, la cassure familiale s'est prolongée. Et, bien que nous habitions à moins de cinquante mètres l'un de l'autre, pendant sept années entières nous nous sommes passés sur les pieds sans plus nous dire un mot. Et voilà que par un beau soir de juin, le Seigneur est entré dans mon cœur, je lui ai donné ma vie. Il s'est alors passé quelque chose qu'aujourd'hui encore je ne peux pas expliquer. Je n'étais pas converti de quinze jours que je suis allé chez mon grand-père, je l'ai embrassé et les deux familles se sont réconciliées pour toujours.

Pourquoi je l'ai fait, comment je l'ai fait ? Je ne sais qu'une chose, c'est que ce n'est pas moi, c'est le Seigneur qui l'a fait au travers de moi. Cela ne disculpe pas mon grand-père, il aura à rendre compte à Dieu. Mais la chose s'est faite par l'amour d'un Christ que j'avais laissé entrer dans ma vie. Selon ce qu'en dit la Bible, il avait ôté mon cœur de pierre et il m'avait donné un cœur de chair dans lequel, par le Saint-Esprit, il avait commencé à écrire ses lois d'amour.

Si vous refusiez d'admettre Jésus-Christ dans votre vie, Dieu, au grand jour du jugement, vous posera la question de Caïn : "Qu'as-tu fait de ton frère, de celui que je t'avais donné, de Jésus-Christ ?" Ce sera la grande question. On ne va pas en enfer pour avoir menti, trompé, été profane, avoir blasphémé et j'en passe, tout cela se pardonne. On va enfer pour avoir refusé le Sauveur.

Si donc vous êtes en panne, si ça ne marche pas, si vous vous sentez vide, si votre christianisme n'est pas vrai, tandis que vous terminez cette lecture, faites une pose, recueillez-vous un instant et dites-lui :

"Seigneur pardonne, sauve-moi et entre dans ma vie en cet instant". Il entrera et vous ne serez plus jamais le même homme, la même femme, le même jeune homme, la même jeune fille. Dieu lui-même vous prendra en main, il vous prendra en charge et il vous transformera.

Qu'allez-vous faire ? Vous avez lu, vous avez entendu, vous avez jugé, maintenant il vous appartient de décider.

Amen

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